LES VINS DU FLEUVE, Dominique Ducreau, Oenologue
Dégustation en Off des Grands Jours de Bourgogne le mercredi 21 mars 2012 au domaine L. Muzard et fils à Santenay. 30 domaines présents sous le nom Les Tontons Trinqueurs.
Les historiens pensent que les vignobles ont été implantés le long des fleuves afin de commercialiser les vins tandis que les géologues attribuent aux terroirs proches des voies d'eau une identité propre à produire de grands vins. Tous ont raison car si la Saône a été utilisée pour le transport de vins, le cours d'eau s'identifie également à un coteau calcaire longiligne, d'orientation nord-sud, exposé soleil levant, la Bourgogne, prolongée au sud par les crus du Beaujolais.Sous la forme d'un groupement informel, une dizaine de vignerons établis le long de la Saône, proposent leurs vins à des professionnels soucieux de mettre en avant deux fondamentaux de la viticulture :
- Le travail des sols
- La vendange manuelle
Ils affirment produire des vins de terroir car leurs sols viticoles sont vivants et ils proposent de grouper leurs vins depuis un seul point de départ pour livrer uniquement des professionnels. Les conditions sont confidentielles, accessibles uniquement avec un code, sachant qu'elles sont identiques si vous les contactez directement.En se jetant dans le Rhône à Lyon, la Saône a façonné de nouveaux terroirs et les vins de deux amis vignerons de la vallée du Rhône sont disponibles sur ce site, mais pas en groupage. Proche de la Loire, avec une éthique viticole similaire, le très discret Gérard Boulay propose de découvrir les terroirs de Sancerre.
Formé à l’œnologie moderne à la fin des années 70, j’ai étudié tout ce qui ne sert à rien pour faire du vin puisqu’on avait oublié de me parler des vignes. Point de botanique, de géologie, ni de climatologie à l’université, encore moins d’histoire, de sciences humaines ou de vignerons, nous étions censés être les « Merlin l’enchanteur » du vin. N’étant pas issu d’une famille, ni d’une région viticole, j’ai avalé comme une couleuvre les traités d’œnologie, toutes les familles de levures, la biologie moléculaire et il m’a fallu du temps, des rencontres, des lectures, des visites de vigne et des verres de vin pour me forger une conception du vin et de la viticulture.Ce n'est pas le décryptage des arômes qui me passionne, en revanche j'affectionne les vins pleins de vie, ceux qui ont une âme, de l’élégance, de la tension, de l'harmonie, même s'ils sont parfois austères, en oubliant ceux qui sont déjà morts nés avant d'être embouteillés. Pas de religion, de dogme non plus entre la viticulture conventionnelle, biologique, biodynamique ou le vin naturel, mais je suis très attaché à quelques fondamentaux comme le travail du sol, le respect de la plante et de l'environnement. J'admire les générations de moines, de paysans qui ont maintenu une vie biologique dans leur terre en définissant des écosystèmes plus équilibrés que les monocultures viticoles de notre ère.
Après avoir travaillé à tous les stades de la filière vin, production, vinification, caviste et formateur, j’officie maintenant à partir d'une commune viticole de Bourgogne Sud où, en relation avec quelques vignerons correspondants globalement à mon éthique viticole et préférant être aux vignes que sur la route, nous proposons uniquement aux professionnels des vins de terroirs vivants. J'interviens également auprès de futurs professionnels du monde viticole dans des centres de formation avec un message emprunté à l’histoire, la géologie, au bon sens paysan afin d'initier, sans les formater, les futurs prescripteurs de ce breuvage hautement culturel qu’est le Vin.
Dominique Ducreau